Jeudi 22 novembre 2007

La Défense
Vie Réelle, je te hais chaque jour un peu plus. Les âmes grises de Widow Creek ont plus de relief, plus de vie que ces clônes en costards décérébrés qui se pressent comme des chiens, aiguisent leurs couteaux, prêts à frapper pour une place assise.

Esplanade de La Défense
Sans courir, sans m'exciter, sans sortir de lame acérée, je suis assis. Le regard de Louis Cypher suffit la plupart du temps pour qu'on me laisse un siège. Un jour j'en parlerai peut-être bien que cela n'ait aucune importance: je ne fais jamais un voyage en métro en restant debout tout le long du trajet. Sentent-ils le mépris de Louis et le danger qu'il représentent pour eux? Quoiqu'il en soit, je suis assis. Je m'en fiche un peu mais c'est ainsi.

Pont de Neuilly
La rame sort brièvement des sous-sols de la ville. Ciel clair, ciel froid qui se reflète dans la Seine où flottent les ombres noirs des grands arbres. C'est Martin Livingstone qui s'évade un instant devant ce bleu immense. Ouvrir les fenêtres et sauter! Avec l'élan du train, cela devrait permettre de s'envoler.

Les Sablons
Trop de pensées se pressent au portillon de ma conscience. Que fait donc Arthur Spleen? Pour une fois que j'ai besoin de lui. Pour une fois que j'ai vraiment besoin de lui. La solution de repli s'appelle Discman. Dans son ventre, "Gargilesse" de Florent Marchet. Play.

Porte Maillot
Néant total. Je parviens à faire le vide grâce à Florent Marchet. Je n'ai jamais compris les gens qui disent "j'habite Porte Maillot". Pour moi, la Porte Maillot c'est une place abominable à passer en voiture, c'est le Palais des Congrès et le Concorde Lafayette. Et ce n'est rien d'autre. Un noeud de réseaux routiers.

Argentine

Je m'enfonce encore plus profondément dans mes écouteurs. Argentine ça n'existe pas, je n'y suis jamais descendu.  Martin me murmure "T'imagine? Ca serait bien quand même, tu sors du métro et hop! te voilà en Argentine". Balivernes.

Charles de Gaulle - Etoile
Autrefois terrain connu, lieu de débarquement préféré des jeunes de la banlieue ouest auxquels j'appartenais. RER A. Cinéma sur les champs ce soir, ça te dit? Je peux compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où je suis descendu ici cette année. Mais avant, Il y a plus de dix ans, quand je vivais encore là-bas, à l'ouest...

Georges V

Tout comme l'Etoile, je ne descends plus guère ici. Sauf les rares dimanches d'ennui où je décide de faire un tour à la FNAC où au Virgin. Mais avant, c'est là qu'il fallait sortir pour aller au Queen. Cette époque qui me semblait si éloignée d'aujourd'hui, la voilà qui se rapproche au rythme d'un train sans chauffeur. Un frisson me parcourt le dos et je sens dans ma main l'étreinte poisseuse d'un Tourment des Dark Marshes de Mina Solentskaïa. Je n'entends plus Florent Marchet pourtant il chante toujours mais sa voix, sa musique sont recouvertes par celle de Mina qui sussure "Souviens toi, quand tu vivais là-bas, à l'ouest... Tu as tellement désiré en partir... Et aujourd'hui?"

Franklin D. Roosevelt
Le Tourment s'accroche à mon poignet et Mina me chante dans les oreilles à la place de Florent Marchet : "Pourquoi résistes-tu Norman? Pourquoi? Tout serait plus simple si tu plongeais dans mes eaux sombres. Et tu le sais très bien, alors pourquoi résistes-tu?" Ouf, une bouffée d'oxygène, Franklin D. Roosevelt. Il y a trois ans, tous les lundis soirs je sortais ici pour mon cours de théâtre à la Comédie des Champs-Elysée. Théophraste y pense avec une douce nostalgie, mesure le chemin parcouru depuis et sourit.

Champs-Elysée-Clémenceau

Rien à quoi se rattacher, retour de Florent Marchet. Souvenir de belles décorations de Noël, des sapins, des couleurs changeantes. Champs-Elysées-Clémenceau c'est l'hiver pour moi. Je ne sais pas pourquoi.

Concorde
La station carrefour, la station roue lumineuse qui tourne dans la nuit, la station allons prendre un verre au Jardin des Tuileries, la station tiens si on allait faire un tour de manège. Champs-Elysée-Clémenceau c'était l'hiver. A Concorde c'est l'été, un coucher de soleil sous l'arc de triomphe, la parfaite éternité des soirées d'été à Paris.

Tuileries
Florent Marchet en fanfare. Tuileries ça n'évoque rien. Enfin si. Un château détruit où séjournèrent un temps Louis XVI et sa famille au début de la Révolution, des soirées sous l'Empire et le Second Empire. Les Tuileries c'est le Louvres à côté et le cruising dans le labyrinthe, jamais été. Enfin voilà, la station Tuileries m'évoquent bien des choses mais qui ne me sont pas arrivées à moi. Autant dire que ce n'est jamais arrivé tout court.

Palais-Royal-Musée-du-Louvres

Florent Marchet s'éclipse quelques instants pour laisser ça place à Augusto Bellagio. Club 18, feu les tea dances au cab, la musique et les déhanchés qu'elles provoquent, Augusto aime ça, le tout servi avec une Vodka-Energy. "Danser, boire, boire, danser. La vie est tellement absurde autant y aller à fond, hein? Allez mon p'tit Norman, éclate-toi un peu, allez! Y a que ça à faire ici! Si t'en profites pas... Tu ne crois pas qu'Elle te dirait pareil hein? Tu crois qu'Elle ne se le dit pas qu'Elle aurait du en profiter plus au lieu d'attendre, d'attendre, d'attendre au point de ne même plus savoir ce qu'Elle attendait!" Et d'un coup Augusto laisse sa place à Mina Solentskaïa.

Louvres-Rivoli

Rien, rien çe ne m'évoque rien qu'une galerie marchande. Et puis merde... Florent Marchet c'est trop déprimant pourquoi j'ai pas pris un CD plus con? Et les Tourments qui me bavent sur le bras. Rejoins-nous, rejoins-nous! et Mina qui me pose une main sur le front. "Pourquoi résistes-tu?"

Châtelet
Des souvenirs, des tonnes, trop! De bons, des mauvais, ça m'arrive de partout! j'ai du passer une vie entière entre Châtelet, les Halles et le Marais. Soupirs lascifs de Charlotte de Winter, éclats de rire d'Augusto Bellagio, coeur qui bat d'Alice Morgenstern, désirs d'ailleurs de Martin Livingstone, profond dégoût de Louis Cypher, ennui total d'Arthur Spleen, pétasserie flamboyante de Deirdre Lapaire, ils y sont presque tous passés. Et là sous la terre Châtelet-Les Halles, RER A et encore la voix de Mina qui me rappelle qu'un jour je n'ai plus supporté de vivre là-bas, que je suis parti. "Et aujourd'hui, en voici le prix!" clame-t-elle en m'indiquant ma destination sur le plan du métro. "Non, non, non! ça hurle à l'intérieur, Tu ne m'auras pas Mina! Pas cette fois-ci!"

Hôtel de Ville
Le Marais, BHV, j'admire les gens superficiels. Je veux dire, les gens vraiment superficiels. Ceux qui sont véritblement incapable d'aller voir sous la surface. Malgré mon athéisme, voici l'un des rares adages de la Bible auquel j'adhère totalement : "Heureux les simples d'esprits!" Tu m'étonnes, rétorque Louis, s'ils étaient tous des boeufs je n'aurais pas autant envie de leur éclater la tête.

Saint-Paul

Musée Carnavalet et les soirées chez Danielu. Les Tourments me lâchent la main, Mina s'évapore, retour d'Augusto pour une bonne soirée entre copains. Alice Morgenstern surgit aussi, repense à ces dernières années, aux amitiés nouvelles et de fil en aiguille se concentre sur Toi. Et pendant quelques secondes, un calme fou m'envahit.

Bastille
Gay Pride! Désolé mais Augusto prends le dessus. Manifestations dans la joie et la bonne humeur. A Bastille c'est le printemps! Une sieste passée sur les bords du Bassin de l'Arsenal. C'est à nouveau une brève sortie à l'extérieur, quelques rayons de soleil qui pénètrent et se réfléchissent dans la rame avant que celle-ci ne replonge dans la nuit vers...

Gare de Lyon
Un temps Gare de Lyon fut l'arrêt d'EXO 666. Certains concours d'entrée aux écoles d'ingénieur se tenaient de l'autre côté de la Seine. Puis ce fut l'arrêt de Martin Livingstone, les départs pour Cannes ou pour Nice... Cela s'est estompé avec le temps si bien qu'à l'arrivée Gare Lyon ne signifait plus rien pour moi. Et puis là...
A peine le train s'est-il engouffré que les lumières se sont mises à  clignoter. quand il s'est arrêté, elles se sont toutes éteintes. Le silence et le froid ont tout envahi. Au bout de quelques secondes, tout s'est rallumé, la rame et la station était déserte, la carlingue du train, les poutres métalliques de la gare recouverts de rouille. Et du sang partout, des murmures mi-humains mi-animaux, un froid brûlant, des cliquetis, des rires déments... S'il n'y avait pas eu la grève, voilà comment j'aurais vu la station Saint-Marcel. Mais voilà, je suis Gare de Lyon et dorénavant, Gare de Lyon sera toujours ainsi pour moi.

Gare de Lyon, la station d'Edgar.
Publié dans : Norman's Diary - Par Norman
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